Thématique 
Débouchés 
Date
13 janvier 2015

Idées reçues, conceptions étroites de la réussite, les étudiants et jeunes diplômés sont encore trop peu nombreux à créer leur entreprise. Aussi les grandes écoles ont-elles un rôle à jouer en leur proposant de nouveaux dispositifs adaptés qui créent, en leurs murs et pendant les études, les conditions de l’innovation et de l’entrepreneuriat.

Valery Farcy, Responsable du dispositif entrepreneuriat à l’ESIEA, s’exprime dans les colonnes de Challenges.

Valery Farcy,  Responsable du dispositif entrepreneuriat  de l’école d‘ingénieurs en Sciences et Technologies du numérique ESIEA
Valery Farcy, Responsable du dispositif entrepreneuriat de l’école d‘ingénieurs en Sciences et Technologies du numérique ESIEA

Il est plus facile de créer sa start-up pendant ses études

Aujourd’hui, près d’un quart des 18-24 ans affirment avoir envie de créer un jour, leur entreprise. Ce sont par exemple des élèves ingénieurs qui, en première année, parlent déjà de s’impliquer dans un projet de création de start-up. L’envie est donc là, mais les résultats semblent tarder puisqu’ils sont seulement 3 % à franchir le pas. Qu’est-ce qui décourage aujourd’hui les très jeunes créateurs d’entreprise et comment y remédier ? Ces questions sont essentielles quand, au rang des difficultés rencontrées, figurent encore un certain nombre d’idées reçues qu’il faut activement combattre.

L’idée reçue la plus commune est qu’il faudrait impérativement disposer de plusieurs années d’expérience professionnelle pour se sentir en droit d’entreprendre. C’est faux. Bien au contraire, c’est pendant les études, ou juste après qu’il est le plus facile de créer son entreprise. Sans contraintes, sans charges familiales, c’est le moment idéal ; c’est vrai aussi bien pour les jeunes femmes que les jeunes hommes. Créer une entreprise demande de la disponibilité, des collaborateurs ou partenaires potentiels, mais aussi la proximité de professionnels pour vous conseiller, vous soutenir. Quelles meilleures conditions peut-on trouver que pendant ses études ou juste à leur sortie ? C’est à dire avant que les liens ne se dissolvent et que chacun soit entraîné vers des choix différents.

Autre idée reçue : sans financement personnel, rien ne serait possible. C’est tout aussi faux car il existe en France une multitude de dispositifs destinés à faciliter la création d’entreprise. On compte environ 5 000 systèmes d’aides institutionnelles, dont près de 2 800 en Ile-de-France. De nombreux concours permettent aussi aux tout jeunes entrepreneurs de présenter leur projet devant un jury de professionnels. On peut donc démarrer avec très peu. En revanche, l’abondance de ces dispositifs crée de nouvelles difficultés : il faut savoir aller à l’essentiel sans se perdre dans une surenchère de formulaires administratifs, au détriment de l’exécution de son projet.

Ne pas attendre l’idée géniale

Peu de jeunes entreprises innovent sur leur marché ; ce n’est pas la règle. Les jeunes gens voyagent, s’informent et souvent, trouvent à l’étranger des idées qu’ils importent : on parle alors de metoo (ou copycat). De même, à partir d’une activité déjà existante, ils peuvent développer un concept original et se démarquer de la concurrence. Ce sont aussi des passions d’enfance qui se transforment en un projet. La création d’entreprise ne passe pas uniquement par une « révolution » mais par de nouvelles combinaisons, des améliorations, de nouveaux services et … l’observation de ce qui ne fonctionne pas ou mal autour de soi.

Non seulement il ne faut pas obligatoirement attendre l’idée géniale, mais il ne faut pas non plus hésiter à communiquer très tôt autour de son projet afin d’anticiper les difficultés qui pourraient survenir. On touche là à quelque chose de souvent sensible car en France, on a encore tendance à cultiver la performance individuelle et à ne pas mettre en commun idées et réalisations. Or, l’idée compte moins que sa mise en œuvre rapide. Pour savoir si un concept est prometteur, il n’y a pas d’autre moyen que le mettre à l’épreuve : prises de contact, prototypage, etc. Ensuite viennent les challenges, les concours, l’utilisation des réseaux qui apporteront une visibilité.

Ceux-ci sont essentiels pour faire avancer un projet : créer une équipe, financer l’entreprise, obtenir les bonnes aides publiques, nouer des partenariats et accéder aux premiers clients. Être  étudiant ou jeune diplômé ne signifie pas être sans réseau puisqu’on peut déjà compter sur les anciens élèves de son école. Parmi eux, ce sont les diplômés depuis 10 ans qui ont, soit intégré de grands groupes, soit créé leur propre structure qui s’impliquent le plus. Ils sont sensibles aux propositions des étudiants et jeunes diplômés ; ils les soutiennent, et le cas échéant les mettent en garde si le projet leur semble non viable.

Réformer l’imaginaire de la réussite

La réussite d’un projet passe par des succès mais aussi par des erreurs dont on apprend. Nous devons faire évoluer les représentations de la réussite.  Aujourd’hui, on ne fait pas figurer sur son CV la mention d’une start-up de courte existence, de crainte de véhiculer un échec. C’est pourtant le signe d’une volonté d’innover et d’entreprendre ainsi qu’une expérience très positive. Il faut communiquer à ce sujet et ne pas seulement mettre en avant les « contes de fées de l’entreprise » ; n’évoquer que les startup devenues leader sur un marché. En matière d’entrepreneuriat, la réussite prend beaucoup de formes.

Des dispositifs et enseignements adaptés

Ce qui nous amène à l’essentiel : à quoi bon inciter de jeunes gens à créer une entreprise sans, au préalable leur en donner les possibilités ? Il faut donc, en premier lieu, faciliter la vie des étudiants qui souhaitent entreprendre et pouvoir créer, à l’intérieur même des lieux d’enseignement, les conditions de l’innovation et de l’entrepreneuriat.
L’école doit être là pour ouvrir des portes, permettre à ceux qui le souhaitent de se concentrer sur l’exécution de leur projet, gérer les priorités, minimiser les pertes de temps ; car les étudiants ont parfois tendance à se poser les mauvaises questions : « Quelle structure juridique ? Où ouvrir des bureaux ?» avant de réfléchir suffisamment au produit qu’ils vont proposer et … à qui ils vont le proposer.
Il est nécessaire de mettre en place une pédagogie innovante, des enseignements sur mesure conciliant théorie et pratique, de nouveaux dispositifs aux emplois du temps adaptés aux besoins de ceux qui veulent entreprendre. Dans ce contexte, le rôle des écoles est déterminant. A l’instar de l’ESIEA, elles sont aujourd’hui nombreuses à mettre en place ces dispositifs qui contribuent à détecter, former et accompagner les étudiants porteurs de projets. Elles ont la possibilité de mettre très tôt ces étudiants en contact avec l’écosystème entrepreneurial. Elles alimentent également des lieux d’échange, de rencontres avec les étudiants d’autres disciplines (scientifiques, marketing, design, commerce) qui créent une émulation et un climat propice aux initiatives individuelles ou communes ; initiatives qui se poursuivent au-delà de leurs murs. Enfin, les concours étudiants qu’elles organisent, comme les témoignages d’alumni d’elles diffusent, sont autant d’encouragements à se lancer tôt, en confiance.