GRANDE ÉCOLE D'INGÉNIEURS
paris-laval

informatique, électronique, automatique

Tu seras ingénieure ma fille !

Notre pays manque d'ingénieurs. Le constat est plus alarmant pour les ingénieur"e"s. Elles sont peu nombreuses à choisir le secteur du numérique malgré de multiples débouchés. Claire Leroux évoque cette question pour le Journal des Grandes Ecoles.

« Tu seras ingénieure ! » Cette phrase, trop peu de jeunes filles l’ont entendue dans leur enfance. La faute à une éducation encore très « cloisonnée » par genre, dans une société où nous sommes orientés, voire formatés, dès notre plus jeune âge. Le même clivage garçons/filles persiste dans l’enseignement supérieur, bien après le lycée. Comment s’étonner alors de trouver si peu de jeunes femmes en écoles d’ingénieurs ? 

 

"La faible proportion de femmes dans les métiers de l'ingénierie peut  pourtant être considérée comme un atout pour celles qui sont attirées par ces filières."

Le constat est en effet sans appel : les étudiants de notre établissement, qui forme des ingénieurs en sciences et technologies du numérique, sont majoritairement des hommes. Nous regrettons ce manque de parité et avons bon espoir que les pourcentages s’équilibrent au fil des années.

La faible proportion de femmes dans les métiers de l’ingénierie peut pourtant être considérée comme un atout pour les jeunes femmes qui sont attirées par ces filières.

En tant qu’enseignante, je suis bien placée pour observer l’évolution des filles au sein de l’ESIEA. Nous remarquons de plus en plus que les garçons, au départ un peu mal à l’aise au contact de leurs camarades filles, ont tendance à les prendre sous leurs ailes et à les « parrainer ».

Au-delà du statut particulier qu’elles occupent au sein de l’école, les jeunes femmes que nous formons sont également très prisées par des entreprises particulièrement convaincues de l’intérêt de féminiser leurs équipes.

Certaines sociétés avec qui nous entretenons d’étroites collaborations précisent souvent qu’intégrer une femme au sein d’un groupe exclusivement masculin permet un changement de dynamique intéressant. Dans le cadre professionnel, on observe généralement que les femmes apportent de la rigueur et une approche différente sur les problématiques traitées.

Il ne faut cependant pas se bercer d’illusions. Malgré ces points positifs, la route reste longue pour les femmes dans le milieu de l’ingénierie en général, et de l’informatique en particulier.

Nos étudiantes ont beaucoup de facilités à trouver un emploi une fois diplômées et elles démarrent d’ailleurs généralement à un salaire plus élevé que leurs camarades masculins.

Elles sont  malheureusement  vite rattrapées par ce fameux « plafond de verre » et bien qu’elles atteignent des postes à responsabilités, la direction est souvent destinée aux hommes.

"Les choses se jouent très tôt et les parents ont également un rôle à jouer."

 

Existe-t-il une formule magique pour que cela change ? Probablement pas, nous sommes d’accord ! Une chose est sûre, il ne s’agit pas d’un combat que les écoles d’ingénieurs doivent mener seules. Je pense que la principale erreur est de commencer à sensibiliser les étudiantes à partir de la terminale.

Tout se joue bien avant ! Il serait salutaire d’intégrer les sciences dès le début de l’école primaire, à l’instar des langues vivantes, afin de sensibiliser les enfants, filles comme garçons, à ce type de matières. Les parents ont eux aussi leur rôle à jouer. Tout comme le corps enseignant, ils ont encore trop tendance à orienter leurs enfants en fonction de leur sexe. Or un enfant, un étudiant, un être humain tout simplement, a besoin de modèles auxquels il puisse s’identifier.

Le monde des nouvelles technologies manque cruellement de figures féminines emblématiques via les médias ou au sein des entreprises.

 

Les choses ont cependant beaucoup évolué au cours des deux dernières décennies. Il nous faut donc continuer ce travail de fond afin de parvenir un jour à la parité dans nos écoles, en entreprise et dans les milieux scientifiques.»

 

Claire LEROUX, enseignante-chercheuse et directrice du Laboratoire ARNUM

 

Editorial paru dans Le Journal des Grandes Ecoles (avril 2013).

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